Suisse – un Suisse sur dix est antisémite

Selon une étude de grande envergure concernant les comportements antijuifs et anti-israéliens, publiée vendredi dernier, environ dix pourcents de la population suisse est antisémite.
L’étude a aussi démontré que plus d’un quart de la population avait tendance à être en accord avec les stéréotypes anti-juifs.
En réaction à cette étude, les organisations juives ont dit qu’il restait encore beaucoup à faire concernant la prise de conscience. La Commission Fédérale contre le Racisme a déclaré que chaque pourcentage était «de trop».
L’étude ayant interrogé 1030 personnes à travers le pays en février, a été menée par l’institut de vote gfs à Bern pour la Commission Fédérale contre le Racisme, en collaboration avec l’hebdomadaire juif Tachles.
Elle établit le fait que dix pourcents de la population suisse avaient des «comportements systématiques antisémites».
Ce groupe est surreprésenté dans la partie du pays parlant italien, au sein de la couche socio-économique inférieure, à l’extrême droite de l’éventail politique, dans les zones rurales n’entretenant aucune relation avec des Juifs.
28 pourcents entretiennent des opinions antisémites dures et 15 pourcents ont un ressentiment et éprouvent une certaine déception quant à la politique d’Israël, mais n’ont pas de comportement particulièrement négatif envers la population juive.
Un comportement généralement positif envers les Juifs a été observé parmi 37 pourcents de la population. Dix pourcents des réponses n’ont pas été classés.
 

La communauté juive suisse.

En tout, 55 pourcents considèrent la minorité juive en Suisse – estimée à 20,000 Juifs dans le pays – avec respect. Mais dans ce groupe, une forte minorité est critique quant à l’auto-ségrégation de la communauté juive.
Près de la moitié des personnes questionnées, a rejeté la notion stipulant que les Juifs avaient trop d’influence sur la politique mondiale, et 72 pourcents détenaient la même opinion concernant la politique suisse.
En terme de débat sur la position suisse durant la Seconde Guerre Mondiale concernant les Juifs – sa politique de refugiés et l’argent déposé en Suisse par les victimes des Nazis – le rapport mentionne le fait que la Suisse ne se considère plus comme victime des pressions juives afin d’expier ses fautes.
Pourtant, le rapport montre que la Suisse est généralement critique envers Israël.
Cinquante quatre pourcents pensent qu’Israël est gouverné par des fanatiques religieux et cinquante pourcents pensent qu’Israël a réalisé ce que le rapport désigne comme une «guerre d’extermination» contre les territoires occupés.
Les auteurs ont fait remarquer que bien que ce «ressentiment émotionnel» envers la politique étrangère d’Israël soit appliqué aux Juifs en général, la critique n’atteignait pas un comportement antisémite.
 

Réactions de la communauté

Pour Alfred Donath, Président de la Fédération Suisse des Communautés Juives, les dix pourcents étaient «inquiétants». Mais il précisa que ce pourcentage est constant au cours de ces dernières années
Donath a déclaré que les personnes antisémites ne connaissaient généralement pas de Juif personnellement. «Nous devons mieux faire connaitre le judaïsme et la pensée juive,» dit-il à une agence d’information suisse.
Cette opinion est partagée par William Wyler, le directeur du centre David, faisant campagne contre l’antisémitisme en Suisse. Il pense que le pourcentage d’antisémites durs est à peu près similaire à tous les autres pays.
La Commission Fédérale contre le Racisme déclare que dix pourcents sont beaucoup trop, mais note qu’il serait difficile de cibler ce groupe.
«Nous sommes intéressés par les 28 pourcents ayant des tendances antisémites,» déclare son président Georg Kreis.
Il ajouta que des études similaires de cette échelle ont été nécessaires concernant les comportements sociaux envers les Musulmans et les voyageurs.
 

Faits clés

Le titre de cette étude est «Comportements anti-juifs et anti-israéliens en Suisse».

Les données sont rassemblées à partir d’un échantillon représentatif de 1030 habitants.

Ils ont été questionnés cette année entre le 5 et le 15 février.

Source: http://www.swissinfo.org/